Les Américains et la guerre en Irak
Comment les Américains perçoivent-ils la guerre en Irak, les manifestations antiguerre et l’attitude des dirigeants ? Voilà l’une des grandes questions que je me pose, huit jours avant le départ. Je n’ai pas de réponse, je ne pense pas trouver le mot de la fin en 3 mois à Washington DC, mais je voudrais au moins toucher ce problème. Surtout au moment où le mouvement antiguerre semble trouver un nouveau souffle, à l’image de la très déterminée « Anti-war mother », Cindy Sheehan.
Avant de se retrouver dans tous les médias américains et quelques médias internationaux, cette femme de 48 ans a traversé un drame : la perte d’un enfant. Son fils Casey a été tué à Bagdad en avril 2004, au cours des opérations militaires américaines. Dès lors, elle a décidé de tout tenter pour approcher George W. Bush et les figures politiques nationales. Parcourir les Etats-Unis pour assister au plus de manifestations possibles, solliciter des entretiens particuliers avec le président, faire un sitting de 26 jours au mois d’août près de son ranch de Crawford, Texas… Son mot d’ordre : le retrait immédiat des troupes en Irak.
Véritable icône pour certains, marionnette des médias pour d’autres… Lors de son arrestation lundi dernier, après de
multiples manifestations, elle a provoqué l’étonnement. Howard Kurtz, éditorialiste du Washington Post, a par exemple écrit aujourd’hui : « Cindy Sheehan looked awfully happy while getting arrested, like she was mugging for the cameras. Could she possibly miss being in the news? // Cindy Sheehan avait l’air affreusement heureuse d’être arrêtée, comme si elle cherchait à provoquer les caméras. Est-il possible que le fait d’être dans l’actualité lui manque ? »
Se serait-elle prise au jeu de la médiatisation… Je n’irai certainement pas jusqu’à dire qu’elle a oublié le pourquoi de son action. Certainement pas. Cette situation me donne simplement à réfléchir sur ma future profession. Montrer ce qui est sans déformation, certes, les journalistes doivent y tendre. Mais dans quelle mesure est-ce possible, si le phénomène ou la personne qui occupe le journaliste « joue le jeu » médiatique ?
D’ailleurs, les médias en font une égérie représentative du mouvement antiguerre. Mais n’est-ce pas simplifier à l’extrême une situation qui s’apparente plus à un casse-tête où rien n’est tout blanc ou tout noir ? D’après ce que j’ai pu lire en feuilletant les versions internet de différents journaux américains ou français, la famille même de Cindy Sheehan s’est déchirée à la suite de son siège texan. D’autres familles ayant perdu des enfants au combat mettent des drapeaux à l’entrée de leur maison, comme la preuve d’un tribut payé à la nation, une marque d’honneur.
A priori, le mouvement antiguerre n’obtiendra pas le retrait immédiat des troupes américaines. Surtout alors que se profile le procès de Saddam Hussein à partir du 19 octobre… Je ne sais trop qu’en penser. Je suis a priori contre la guerre en Irak. J’ai crié « vuestra guerra, nuestros muertos // votre guerre, nos morts » le 12 mars 2004 dans les rues de Madrid avec des habitants meurtris et ayant perdu toute confiance en leurs dirigeants après les attentats du 11 mars. J’ai applaudi au retrait des troupes espagnoles, peu nombreuses en Irak. Mais les américains sont autrement plus nombreux et leur présence beaucoup plus porteuse d’un symbole. Un retrait précipité ne serait-il pas contre-productif ? M.S.