Quand interdire la torture ne va pas de soi...

Publié le par Marie Simon

« Il est interdit d’infliger des traitements cruels, inhumains et dégradants aux individus detenus par les Americains ». Cette petite phrase semble aller de soi. Mais il n’en est rien. Et il n’en est toujours rien alors que la Maison Blanche vient de surmonter ses réticences pour donner son feu vert a un texte enfin approuve par le Congres. Quand il s’agit de la lutte contre le terrorisme et de ce que les Américains peuvent, veulent ou doivent faire, rien ne va de soi.

 

 

 

Vous vous souvenez sans doute des scènes de la prison d’Abu Ghraib publiées dans la presse il y a un peu moins d’un an (les deux cliches ici en font partie). Ici, tous regrettent ce qui a entaché l’image américaine à l’étranger et l’usage de l’humiliation publique… Mais pas vraiment l’idée de la torture utilisee par la CIA ou les militaires, si elle est utile. Et surtout efficace (bien que rien n’en prouve l’efficacite…).

 

 

 

Cela s’appelle la théorie de la bombe à retardement (“ticking bomb”). Déjà en 2003 sur le plateau de Wolf Blitzer à CNN, le professeur Dershowitz de Harvard énonçait cette théorie, très ancrée dans les mentalités de l’après-11 septembre. Selon lui et beaucoup d’autres, il y a un fossé entre les textes internationaux pleins de belles intentions, et la pratique de la lutte anti-terroriste. Ce qui justifie l’usage de « techniques renforcées d’interrogation » (enhanced interrogation techniques), selon l’_expression politiquement correcte consacrée. J’ai même trouvé l’expression « méthodes innovantes » dans la bouche du chef de la CIA, dans la presse espagnole !

 

 

 

Un exemple ? Le meilleur que j’ai à vous proposer est l’une de mes colocataires, qui travaille au Department of State, jeune, hautement cultivé, ouverte d’esprit et accessoirement démocrate (désolée pour le portrait en une ligne). Il y a un mois, alors que le sénateur républicain McCain défendait à la télévision le texte qui fait débat, elle me dit : « Moralement et légalement, on ne peut absolument pas justifier la torture. Mais dans l’action, qu’est-ce qu’il faut faire ? Imagine. Un prisonnier sous ton autorité sait quelque chose à propos d’une bombe posée quelque part, qui va bientôt exploser et tuer des innocents. Tu n’essaies pas de le faire parler ? Par tous les moyens ? Je déteste penser ça, mais si ça marche, je tente le coup, ne serait-ce que pour savoir que j’aurais fait mon possible afin de sauver des vies innocentes. Et toi, que ferais-tu ? » Troublant.

 

 

 

Elle n’est pas seule. Selon un sondage de Newsweek au mois de novembre, 44% de la population pense que la torture est parfois ou souvent justifiée s’il s’agit d’obtenir des informations importantes. Ils sont 51% à penser qu’elle est rarement ou jamais justifiée. Mais quand on leur demande s’ils soutiennent cette pratique si elle peut prevenir une attaque terroriste, alors 58% sont d’accord. Renversement : si cela suppose que les « ennemis » (terme employé dans le sondage) utilisent les mêmes méthodes sur les Américains, alors 57% sont opposés.

 

 

 

Il y a plus. Interdire fermement aux militaires americains et agents de la CIA d’utiliser de telles methodes reviendrait a un désarmement unilatéral face aux terroristes qui, d’ailleurs, n’obeissent a aucune autorite emanant d’un pays, et ne peuvent donc pas etre couverts par la convention de Geneve qui ne s’applique qu’aux prisonniers de guerre. Telle est la reflexion que vous retrouverez dans des articles tels que celui du Wall Street Journal publie le 12 novembre dernier. “Un débat torturé”. Et ce titre n’est pas le seul element digne d’interet.

 

 

 

Pour un expose tres complet du debat dans cette Amerique post-11 septembre, je vous conseille le dossier de Newsweek, paru dans l’edition du 21 novembre. Avec une tribune du senateur McCain, a l’origine de l’amendement qui a declenche ce debat.

 

 

 

M.S.

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S
Quoiqu'on dise, quoiqu'on fasse...ça existera toujours malheureusement !<br /> surtout sous le manteau !<br />
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M
Justement, l'administration scande que ces "techniques avancees d'interrogation" ont permis d'eviter des attaques sur le sol americain, en particulier sur la cote ouest... Pas de details. Mais pour certains, cela suffit a justifier la fin, donc les moyens... Triste.<br /> <br /> Et maintenant une ironie : ce qui est venu appuyer l'envie des "war hawks" de partir en guerre en Irak est une information issue d'une de ces seances d'interrogatoire muscle... Le papier de Newsweek fait reference au role de Al-Libi, l'une des "High Value Target", qui a lache des informations sur des entrainements d'Al Qaeda sur le sol irakien... avant de se retracter !<br /> <br /> D'autre part, il n'y a pas de mauvaise reponse, en effet... Mais je crains qu'il n'y ait pas de bonne reponse non plus...
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A
La théorie de la bombe à retardement revient très souvent dans la bouche des partisans de la torture, aux États-Unis ou ailleurs. Et même si l'on est contre, un tel argument fait toujours réfléchir. En effet, comment faire un tel choix : refuser de se livrer à un acte inhumain et laisser mourir des innocents, ou faire souffrir – peut-être de manière atroce – un être humain pour protéger ces mêmes innocents ? Peut-on sacrifier une vie pour en sauver d'autres ? Pas évident de répondre… D'autant que ce schéma pourrait très facilement s'appliquer à d'autres situations beaucoup moins consensuelles…<br /> <br /> Toutefois, à la question en elle-même, pour ma part et pour le moment, je pense que rien ne permet de dire qu'une seule vie pèse moins lourd que plusieurs autres, et vice-versa. Et qu'alors, dans un cas extrême, et j'insiste sur ce mot, il n'y a pas de mauvaise réponse.<br /> <br /> Cependant, et c'est là que je veux en venir, cette théorie a quand même bon dos. Car dans les faits, une situation de telle urgence est-elle déjà arrivée, justifiant l'usage de la torture ? Franchement, je serais bien étonné qu'on puisse trouver un seul exemple concret parmi les nombreuses exactions de l'armée américaine commises en Irak…
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M
En effet, il vaut mieux en être à l'étape du débat... Mais en ce moment, on a plus l'impression d'assister à une fuite généralisée pour l'administration (prisons secrètes, techniques d'interrogation, écoutes non autorisées des citoyens US...). Je ne plains pas l'administration, attention ! Mais c'est plutôt inquiétant de voir toutes les actions "limite" qui ont été engagées... <br /> Qui sait, Bush dans son discours annoncé de dimanche soir va peut-être participer au grand déballage... Ou plus vraissemblablement parler d'un retrait progressif de l'Irak... A vos pronostics !
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K
Je me souviens qu'en 2002 et 2003, il y a déjà eu un grand débat dans la presse américaine sur la torture. J'avais lu notamment que les Français avait eu raison de torturer en Algérie et que les US avaient eu tort à l'époque de les critiquer! Bref, j'ai l'impression qu'on a savamment préparé les esprits à ce qui allait se passer...<br /> Le débat actuel me semble plus sain puisqu'il vise à ramener les Etats-Unis à la raison. Une page se tourne?
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