La segmentation urbaine à DC
Dans la foulée du post précédent, j’ai fait quelques petites recherches sur la population de Washington DC. Je vous ai déjà raconté combien le terme « neighborhood » était important dans les villes des Etats-Unis ? En effet, à deux rues près, vous pouvez vous trouver dans des « quartiers » qui n’ont rien à voir.
Je reviens tout de suite à Washington DC, mais prenons d'abord l’exemple de Baltimore que j’ai visité il y a une semaine et demie. Roselyne, mon hôtesse, a commenté les quartiers au fur et à mesure que nous y passions en voiture. « Ici, le quartier des professeurs et beaucoup de Juifs. Là, le quartier des avocats, avec leurs cabinets aussi. Ici, de très grandes maisons où vivent des Blancs. Là, des row houses (maisons qui se touchent, avec un tout petit jardin derrière) où on trouve des Noirs pauvres. Et ici, c’est le quartier où on cloue des panneaux de bois sur les fenêtres et les portes des maisons abandonnées pour qu’elles ne deviennent pas des repères de drogués ». Les beaux quartiers plantent même un petit panneau pour annoncer que vous y entrez ou en sortez. J’arrête la visite là, vous avez compris le principe.
De même, Washington DC présente un visage radicalement différent d’une rue à l’autre. Dans les grandes villes françaises aussi, on trouve des écarts importants entre les quartiers, comme entre le 7ème et le 18ème arrondissements de Paris... Mais mon sentiment est qu'ici, il s'agit d'un grand écart, en très peu d'espace. Un exemple avec mon quartier, que j’ai choisi mixte en tous points de vue.
Au début de mon séjour, je prenais le but sur la 14th street pour aller à CNN (la ligne verte qui va tout droit du nord au sud sur le plan ici). La plupart du temps, j’étais la seule personne à la peau blanche parmi les Afro-Américains et les Latinos, au verbe haut et dont les vêtements reflétaient un niveau de vie assez bas. Mais cela ne me dérange pas du tout, j’ai vécu un an dans un quartier latino pas très riche de Madrid, et la mixité me plaît bien. Jusqu’au jour où un jeune homme qui inspirait peu confiance m’a suivie et fichu la frousse. J’ai donc changé de ligne de bus, surtout qu’il fait nuit quand je pars et quand je reviens. Je prends désormais le bus sur la 16th street (la ligne orange, juste à côté de la verte). Et là, à deux rues près, les usagers ne sont pas du tout les mêmes : majorité de Blancs bien habillés, journaux dans toutes les mains, discussions à mi-voix…
J’ai trouvé un site formidable pour aller plus loin que cette impression très personnelle. La page d’accueil ici. La ville de Washington DC se découpe en 8 « wards », l’équivalent des arrondissements. Chaque wards est ensuite subdivisé en « clusters » qui regroupent en général deux ou trois "neighborhoods". Vous avez encore le "census tract", plus fin. Passez la souris sur la carte, vous pouvez consulter des données de février 2005 sur chaque zone. Pour me situer, je suis dans le ward 4, dans le cluster
Comparons le ward 7 (Anacostia) avec le ward 3 (
Vous me direz que les deux quartiers sont éloignés. C’est vrai. Mais comparez n’importe quel cluster avec un autre du même ward, et même si les résultats sont moins caricaturaux, vous cernerez tout de même la segmentation de DC. Le cluster 12 (Van Ness) avec le 18 (le mien), sachant que, pour encore affiner dans ce cluster 18, la partie ouest Crestwood est largement mieux lotie que la partie est. Les liens renvoient aux "census tracts" respectifs. Et j'ai même trouvé le site de Crestwood DC !
Rappelez-vous, l’histoire des lignes de bus… Les deux lignes traversent ce cluster, l’une à l’ouest et l’autre à l’est. Vous avez compris, la 16th street est plus à l’ouest. C'est même elle, la rue aux églises qu'on ne compte plus, qui sépare les deux "census tracts" dont je vous parle...
M.S.